Cette série de peintures acryliques sur papier marouflé sur toile reprend, en 2025, mes motifs de villes vues d’en haut créés pour mon travail à l’encre sur carton d’emballage (séries « Interfaces » et « Cityscapes« ).

« Écoute Tomber la Ville » — Olivier Catté

Le titre lui-même est un programme : il ne s’agit pas de voir la ville, mais de l’entendre — et de l’entendre tomber. Ce paradoxe entre le visuel et le sonore, entre la chute et la contemplation, traverse toute la série.

Le point de vue zénithal comme vertige En regardant la ville de haut, Catté ne domine pas — il suspend. Ces toits, ces blocs, ces rues inclinées à 45° semblent glisser hors du cadre, comme si la gravité avait lâché. La ville ne tient plus tout à fait. Elle est sur le point de tomber, ou peut-être déjà en train.

La couleur comme état du monde D’une toile à l’autre, la palette raconte une dramaturgie : le noir absolu des nuits urbaines ( le bleu électrique des villes sous surveillance, le violet de la ville fièvreuse et nocturne, jusqu’au blanc glacé et au beige sableux qui évoquent la ville désertée ou fossilisée. Ce n’est pas une progression linéaire — c’est une oscillation, comme une respiration irrégulière.

La matière comme bruit Le geste pictural est chargé, épais, souvent violent. Les projections, les coulures, les éclats de blanc sont autant de bruits transcrits en peinture. On entend presque l’acrylique claquer sur la toile. La ville de Catté gronde, craque, dégouline.

Une ville sans habitants Ce qui frappe dans toute la série, c’est l’absence de figures humaines. Ce sont des architectures pures, des formes minérales — habitées par la lumière mais vidées de leurs vivants. C’est peut-être là le sens le plus profond du titre : la ville tombe parce qu’elle a perdu ce qui la faisait tenir — les gens, le mouvement, le bruit du quotidien.

La série oscille entre fascination et élégie : c’est une beauté qui s’effondre, et Catté nous demande de tendre l’oreille. (Charles Freck 2025)