Encres et dessins réalisés pendant et après une résidence sur l’île de Vagar, Féroé, 2023.
Féroé — Olivier Catté
Un paysage ressenti, pas représenté.Ce qui frappe d’emblée dans cette série, c’est l’absence totale de pittoresque. Catté ne peint pas les Féroé — il les transcrit. Pas de falaises identifiables, pas de villages de tourbes, pas de lumière dorée. À la place : des sensations brutes, des forces météorologiques traduites en gestes, en encres, en frottages.
La pluie comme écriture
Une des image frappante de la série (#12) ressemble à une partition. Les traits verticaux serrés — comme des cordes de pluie — traversent toute la composition du haut vers le bas, tandis que des formes ondulantes évoquent la houle ou les nuages bas qui s’accrochent aux falaises féringiennes. C’est une notation du temps qu’il fait, au sens météorologique autant que musical.
L’île comme présence minimale
Dans #1, une masse sombre et dense se pose sur la ligne d’horizon — un îlot, peut-être, ou un promontoire basaltique surgissant de l’eau. Tout autour, le papier reste blanc, griffé, éclaboussé. L’île n’est pas décrite : elle apparaît, comme émergée d’un brouillard graphique. C’est l’exact sentiment des Féroé vues depuis la mer — cette façon qu’ont ces terres noires de surgir du néant.
L’eau sous toutes ses formes
D’une œuvre à l’autre, l’eau change d’état et de registre : pluie verticale, vagues stylisées, écume granuleuse nappes d’encre liquide qui se répandent et sèchent en laissant des cernes. Catté semble avoir observé l’eau des Féroé sous tous ses angles — et cherché une technique différente pour chacun. Le frottage au crayon, l’encre projetée, le lavis dilué : autant de façons d’être dans l’humidité permanente de cet archipel.
Une palette de bout du monde
Le bleu-gris froid, le noir de l’encre de Chine, le blanc du papier laissé à découvert, quelques touches de cyan électrique ou de jaune pâle en bas de cadre (#7) — cette gamme chromatique est celle des Féroé elles-mêmes : une lumière diffuse, jamais franche, toujours filtrée par les nuages et l’embruns.
Ce que dit la série dans son ensemble
Ces œuvres ne sont pas des souvenirs de voyage — ce sont des empreintes. Catté a laissé le paysage agir sur lui, et c’est cette action qu’il restitue : la pression du vent, le bruit de l’eau, la densité de l’air saturé d’humidité. La résidence a fonctionné comme une immersion sensorielle dont le papier garde la trace physique.
